Le Vietnam a bâti en quelques décennies un système éducatif remarquable qui suscite l’admiration internationale. Malgré un PIB par habitant inférieur à celui de nombreux voisins asiatiques, les élèves vietnamiens excellent dans les évaluations internationales, surpassant même des pays six fois plus riches. Cette performance n’est pas le fruit du hasard : elle repose sur un héritage confucéen millénaire qui fait de l’éducation une valeur centrale, des investissements publics constants représentant plus de 16% du budget national, et un taux d’alphabétisation impressionnant de 96%. Pourtant, derrière ces statistiques encourageantes se cachent des réalités complexes : des disparités importantes entre zones urbaines et rurales, des obstacles administratifs qui excluent des milliers d’enfants, et un système en pleine mutation cherchant à concilier tradition et modernité.
Architecture du système éducatif vietnamien : du préscolaire au supérieur
Le système éducatif vietnamien s’articule autour de cinq niveaux distincts, chacun répondant à des objectifs pédagogiques spécifiques. Cette structure pyramidale, supervisée par le ministère de l’Éducation et de la Formation (MOET), vise à offrir un parcours cohérent depuis la petite enfance jusqu’à l’enseignement supérieur. L’année scolaire s’étend de septembre à juin, avec des congés principaux pendant le Têt, le nouvel an lunaire vietnamien, et durant l’été de mi-juin à mi-août. Cette organisation reflète l’ambition gouvernementale de construire une nation éduquée capable de soutenir une croissance économique durable oscillant entre 6 et 8,5% depuis plus d’une décennie.
Cycle préscolaire (mầm non) : organisation des crèches et maternelles de 3 mois à 5 ans
Le cycle préscolaire vietnamien accueille les enfants dès l’âge de trois mois dans des structures appelées nhà trẻ (crèches) et mẫu giáo (maternelles). Cette étape éducative, bien que non obligatoire, connaît une expansion remarquable avec aujourd’hui plus de 61% des établissements préscolaires gérés par le secteur privé. Les crèches publiques demeurent rares, particulièrement dans les zones rurales, créant ainsi un marché dynamique pour les structures privées qui proposent des programmes variés, allant de l’approche traditionnelle vietnamienne aux méthodes Montessori ou Reggio Emilia.
L’accès au préscolaire représente un enjeu majeur pour les familles modestes. Les établissements privés facturent des frais mensuels souvent élevés, tandis que les rares places en crèches publiques sont hautement convoitées. Cette situation crée dès le plus jeune âge une segmentation entre enfants issus de milieux favorisés bénéficiant de programmes enrichis, et ceux dont les parents, souvent migrants économiques, ne peuvent accéder à ces services.
Enseignement primaire obligatoire (tiểu học) : programme national de 5 ans
L’école primaire constitue le seul niveau d’enseignement véritablement obligatoire et théoriquement gratuit au Vietnam. Elle s’étend sur cinq années (classes 1 à 5) et accueille les enfants âgés de 6 à 10 ans. Le gouvernement a déployé des efforts considérables pour implanter des écoles primaires jusque dans les zones montagneuses les plus reculées, permettant ainsi d’atteindre un taux de scolarisation primaire de 99,7%. Ces
derniers accueillent parfois des classes regroupant plusieurs niveaux, avec des enseignants jeunes qui effectuent souvent là leurs premières années d’expérience. Dans les grandes villes comme Hanoï ou Hô Chi Minh-Ville, la surpopulation scolaire conduit au système des demi-journées : les élèves vont en classe soit le matin, soit l’après-midi, afin de permettre à l’établissement d’accueillir deux cohortes par jour. Si les frais d’inscription sont symboliques, les familles doivent toutefois assumer des coûts indirects (uniformes, fournitures, manuels, cantine), ainsi que, de manière informelle, des contributions supplémentaires à la classe ou à l’enseignant. Dans ce contexte, les cours particuliers après l’école – les fameuses extra class – deviennent quasi indispensables pour suivre le rythme, mais représentent un poids financier pour les foyers les plus modestes. Pour un expatrié ou un parent étranger installé au Vietnam, comprendre cette réalité économique autour de l’école primaire est essentiel pour anticiper le budget éducatif global.
Collège (trung học cơ sở – THCS) : structure du cycle secondaire inférieur
Le collège vietnamien, ou Trung học cơ sở (THCS), correspond au premier cycle du secondaire et couvre quatre années, de la 6ᵉ à la 9ᵉ classe, pour les élèves âgés de 11 à 14 ans. Contrairement au primaire, la scolarité n’y est plus obligatoire au sens strict de la loi, même si le gouvernement encourage fortement la poursuite des études jusqu’à la fin du cycle. Les élèves suivent un tronc commun de disciplines générales : vietnamien, mathématiques, sciences naturelles, histoire, géographie, langue étrangère (souvent l’anglais), éducation civique, technologie, arts, musique et éducation physique. À ce stade, la charge de travail s’intensifie nettement, avec davantage de devoirs à la maison et de contrôles réguliers, ce qui peut surprendre les familles étrangères.
Dans les zones rurales et agricoles, le collège représente souvent un premier tournant. Les établissements sont plus éloignés du domicile, les frais indirects augmentent (transport, cantine, matériel) et la nécessité d’aider les parents aux champs ou au marché se fait plus pressante. De nombreux adolescents interrompent alors leur scolarité, en particulier dans les familles où les parents ont un faible niveau d’instruction ou peinent à naviguer dans les procédures administratives. On estime ainsi que plusieurs centaines de milliers d’enfants ne terminent pas le cycle THCS, malgré un accès théorique gratuit à l’enseignement. Pour les parents expatriés, il est important de savoir que le niveau académique au collège public est exigeant et très centré sur les connaissances, avec un rythme qui peut dérouter un enfant habitué à des pédagogies plus interactives.
Lycée (trung học phổ thông – THPT) : filières générales et professionnelles
Le lycée, appelé Trung học phổ thông (THPT), correspond au second cycle du secondaire et couvre trois années, de la 10ᵉ à la 12ᵉ classe, pour des élèves âgés de 15 à 18 ans. L’accès au lycée public général se fait sur la base d’examens d’entrée organisés à la fin du collège, souvent très sélectifs dans les grandes villes. Les élèves admis intègrent des établissements hiérarchisés, allant de lycées de quartier à des lycées d’élite spécialisés en mathématiques, sciences naturelles, langues étrangères ou littérature. Ce système renforce le caractère compétitif de l’éducation vietnamienne et explique la place centrale des révisions et des cours de soutien dans la vie quotidienne des lycéens.
Parallèlement au lycée général, le Vietnam dispose d’un réseau de lycées professionnels et de centres de formation technique accueillant les élèves dès la fin du collège ou après une première année de THPT. Ces filières, souvent perçues comme moins prestigieuses, offrent pourtant des débouchés concrets dans des secteurs comme l’électricité, la mécanique, l’hôtellerie-restauration ou l’informatique. Elles délivrent des diplômes professionnels de niveau secondaire reconnus par le Ministère du Travail (TVET). Pour un parent ou un étudiant étranger s’interrogeant sur le système éducatif vietnamien, il est utile de garder en tête que, même au lycée, l’enseignement reste majoritairement centré sur la préparation aux examens nationaux, avec peu de place pour les activités extrascolaires par rapport aux standards occidentaux.
Enseignement supérieur : universités nationales et établissements spécialisés
L’enseignement supérieur vietnamien s’organise autour d’universités publiques nationales, d’universités régionales, d’instituts spécialisés et d’établissements privés en pleine expansion. Le taux de scolarisation dans le supérieur demeure relativement modeste, autour de 25%, ce qui témoigne du caractère encore élitiste de ce niveau d’études. Les universités publiques les plus prestigieuses, comme l’Université Nationale de Hanoï ou l’Université Nationale de Hô Chi Minh-Ville, recrutent via des concours extrêmement compétitifs et proposent des formations de 4 à 6 ans selon les filières (licence, ingénierie, médecine). À côté de ces institutions, de nombreuses universités privées et joint-ventures avec l’étranger se sont développées, offrant des programmes en anglais et des partenariats internationaux.
Les cursus supérieurs vietnamiens se structurent désormais selon un schéma proche du modèle LMD (licence, master, doctorat), avec des diplômes reconnus au niveau national et, de plus en plus, au niveau international grâce à des accréditations régionales. Plusieurs filières sont particulièrement prisées : économie-gestion, technologies de l’information, ingénierie, langues étrangères et tourisme. Conscients des limites d’un système parfois trop théorique et déconnecté des besoins du marché du travail, les responsables universitaires cherchent à renforcer les stages, les projets pratiques et les coopérations avec les entreprises. De nombreux étudiants vietnamiens choisissent également d’étudier à l’étranger, notamment en France, en Australie, au Japon ou en Corée du Sud, grâce à des bourses gouvernementales ou des programmes de double diplôme.
Programmes nationaux et curriculum : contenu pédagogique du MOET
Le contenu des enseignements au Vietnam est défini au niveau central par le ministère de l’Éducation et de la Formation (MOET), qui élabore le curriculum national pour chaque niveau scolaire. Ce curriculum précise les objectifs d’apprentissage, les contenus par discipline, le volume horaire et les modalités d’évaluation. Il s’agit d’un cadre très structuré, qui laisse traditionnellement peu de marge de manœuvre aux établissements pour adapter les programmes, même si des espaces d’autonomie locale se développent progressivement. Pour un parent qui souhaite comprendre le système éducatif vietnamien en détail, se pencher sur ces programmes nationaux permet de saisir la logique d’ensemble : priorité aux fondamentaux (lecture, écriture, calcul), accent sur la mémorisation, et importance des disciplines scientifiques dès le collège.
Depuis quelques années, le Vietnam a engagé une profonde réforme curriculaire visant à moderniser ces programmes et à les rapprocher des standards internationaux. L’objectif affiché est de passer d’un enseignement centré sur la transmission de connaissances à un enseignement axé sur le développement de compétences. Concrètement, cela signifie encourager davantage la résolution de problèmes, le travail de groupe, la créativité et l’utilisation des technologies numériques en classe. Cette transition ne se fait pas du jour au lendemain : elle suppose de former les enseignants, de produire de nouveaux manuels et de modifier les pratiques d’évaluation, autant de chantiers ouverts à l’échelle du pays.
Réforme curriculaire 2018 : implémentation du programme chương trình giáo dục phổ thông mới
Adoptée en 2018, la réforme du Chương trình Giáo dục phổ thông mới (nouveau programme d’éducation générale) constitue l’un des tournants majeurs de l’histoire récente de l’éducation au Vietnam. Ce nouveau curriculum, déployé progressivement à partir de 2020 en commençant par la classe 1, vise à moderniser l’ensemble du système, du primaire au lycée. On pourrait le comparer à une mise à jour complète du « système d’exploitation » de l’école : mêmes objectifs généraux (former des citoyens instruits et patriotes), mais avec des outils pédagogiques et des approches plus adaptés au XXIᵉ siècle. Le cœur de la réforme repose sur une approche par compétences plutôt que par accumulation de savoirs.
Le Chương trình Giáo dục phổ thông mới introduit également davantage de flexibilité dans le choix des matières au lycée, avec des modules optionnels qui permettent aux élèves de se spécialiser progressivement selon leurs projets d’études supérieures. Au primaire, l’accent est mis sur le développement du langage, de la pensée logique et des compétences socio-émotionnelles, tandis qu’au collège et au lycée, on renforce l’interdisciplinarité entre sciences, technologies, ingénierie et mathématiques (approche STEM). La mise en œuvre de cette réforme reste toutefois un défi : tous les enseignants ne sont pas encore formés à ces nouvelles méthodes, et les écarts entre écoles urbaines bien dotées et écoles rurales manquant de ressources risquent de s’accentuer. Pour vous, parent ou futur étudiant, cela signifie que la qualité de l’expérience éducative peut varier sensiblement d’un établissement à l’autre, même si le cadre officiel est identique.
Disciplines fondamentales : mathématiques, littérature vietnamienne et sciences naturelles
Au cœur du système éducatif vietnamien, on retrouve un trio de disciplines fondamentales omniprésentes de la primaire au lycée : les mathématiques, la littérature vietnamienne (Ngữ văn) et les sciences naturelles (physique, chimie, biologie). Les mathématiques occupent une place centrale, avec un programme dense et exigeant axé sur la rigueur, l’abstraction et la résolution d’exercices. Ce poids des mathématiques explique en partie les excellents résultats des élèves vietnamiens dans les évaluations internationales comme PISA. La littérature vietnamienne, quant à elle, combine étude de la langue (grammaire, orthographe, rédaction) et analyse d’œuvres classiques et modernes, souvent porteuses de valeurs morales et patriotiques inspirées du confucianisme et de l’histoire nationale.
Les sciences naturelles sont introduites de manière intégrée au primaire, puis séparées en disciplines distinctes au collège et au lycée. L’accent est mis sur les connaissances théoriques, même si la réforme récente encourage davantage d’expérimentations en laboratoire et d’observations de terrain. En plus de ces matières, des disciplines comme l’histoire, la géographie, l’anglais, l’éducation civique, l’éducation physique et les arts complètent l’emploi du temps des élèves. Pour les familles étrangères, il est utile de savoir que l’anglais est désormais obligatoire dès le primaire dans la plupart des écoles urbaines, avec des niveaux très variables selon la qualification des enseignants. Enfin, de plus en plus d’établissements introduisent une seconde langue étrangère (français, japonais, coréen, chinois), en particulier dans les grandes villes.
Système d’évaluation : échelle de notation de 0 à 10 et examens standardisés
Le système d’évaluation au Vietnam repose traditionnellement sur une échelle de 0 à 10, avec des seuils de réussite fixés autour de 5 ou 6 selon les niveaux. Les contrôles continus (interrogations orales, devoirs sur table, tests de fin de chapitre) coexistent avec des examens semestriels et des examens de fin d’année. Chaque note compte : les moyennes sont calculées avec précision et conditionnent le passage en classe supérieure, l’obtention de bourses ou l’accès à certaines filières sélectives. Cette culture de la note, très ancrée socialement, crée une pression importante sur les élèves, mais aussi sur les enseignants, dont l’évaluation de performance peut être liée aux résultats de leurs classes.
À ces évaluations continues s’ajoutent plusieurs examens standardisés à des étapes clés : examen d’entrée au collège spécialisé, test d’admission au lycée public, puis examen national de fin de lycée (baccalauréat vietnamien) servant également de base à la sélection universitaire. Le MOET publie des sujets types et des banques d’exercices, ce qui conduit à un entraînement intensif, parfois comparé à une préparation sportive de haut niveau. Pour un parent qui découvre le système éducatif vietnamien, ce fonctionnement peut sembler très différent de modèles plus axés sur l’évaluation formative. Toutefois, des évolutions sont en cours : la réforme curriculaire encourage une diversification des outils d’évaluation (projets, présentations orales, portfolios) afin de mieux refléter l’ensemble des compétences des élèves.
Intégration des compétences du 21ème siècle dans le curriculum modernisé
Comment préparer les élèves vietnamiens à un monde où les compétences changent plus vite que les programmes scolaires ? C’est l’une des grandes questions que se pose aujourd’hui le MOET. La réponse passe par l’intégration progressive des compétences du 21ᵉ siècle dans le curriculum : pensée critique, créativité, collaboration, communication, compétences numériques et culture de l’innovation. Si, pendant longtemps, l’école vietnamienne a été comparée à « une grande machine à fabriquer des examens », elle cherche désormais à devenir aussi un incubateur de citoyens adaptables et entreprenants. Concrètement, cela se traduit par davantage de travaux de groupe, de débats en classe, de projets interdisciplinaires et d’utilisation des TIC (technologies de l’information et de la communication).
Dans certaines écoles pilotes et établissements urbains bien dotés, on voit émerger des clubs de robotique, des concours de start-up lycéennes ou des projets communautaires menés par les élèves. Ces initiatives restent encore minoritaires à l’échelle du pays, mais elles montrent la direction souhaitée par les autorités éducatives. Pour vous, en tant que parent ou futur étudiant, l’enjeu est de repérer les écoles qui réussissent à conjuguer excellence académique traditionnelle et développement de ces nouvelles compétences. À l’image d’un arbre qui doit à la fois avoir des racines solides et des branches souples pour résister au vent, le système éducatif vietnamien tente de garder ses forces (rigueur, discipline, culture de l’effort) tout en cultivant l’agilité intellectuelle nécessaire à l’économie de demain.
Examens nationaux et certifications : du THPT quốc gia au concours universitaire
Les examens nationaux occupent une place centrale dans le système éducatif vietnamien, au point de structurer le rythme de vie de millions de familles. Ils jouent un rôle de filtre académique, mais aussi social, en conditionnant l’accès aux lycées d’élite, aux universités prestigieuses et, in fine, aux meilleures opportunités professionnelles. Comprendre le fonctionnement du baccalauréat vietnamien (Kỳ thi Tốt nghiệp THPT) et des concours universitaires est indispensable pour qui veut appréhender la logique globale du système. On pourrait comparer ce processus à un long parcours d’obstacles : chaque examen réussi ouvre une nouvelle porte, mais chaque échec peut remettre en cause des années d’efforts.
Baccalauréat vietnamien (tốt nghiệp THPT) : structure et matières obligatoires
Le baccalauréat vietnamien, officiellement appelé examen de fin d’études secondaires (Kỳ thi Tốt nghiệp THPT), est organisé à l’échelle nationale à la fin de la 12ᵉ classe. Il combine une fonction de certification (valider la fin du lycée) et, dans une certaine mesure, une fonction de sélection pour l’entrée à l’université. Les candidats passent un ensemble d’épreuves obligatoires : littérature vietnamienne, mathématiques et langue étrangère, auxquelles s’ajoute un bloc de matières au choix (sciences naturelles : physique, chimie, biologie ; ou sciences sociales : histoire, géographie, éducation civique). Chaque épreuve est notée sur 10, et la moyenne finale permet de déterminer la réussite ou non à l’examen.
La préparation à ce baccalauréat est intense : les élèves de 12ᵉ classe consacrent souvent leurs soirées et leurs week-ends aux cours de soutien et aux sessions de révision. Dans les grandes villes, les classes peuvent se transformer en véritables « usines à examens » où l’on enchaîne les sujets blancs pour optimiser la performance. Pour un esprit étranger, cette focalisation extrême sur quelques jours d’épreuves peut sembler disproportionnée, mais elle reflète le poids symbolique et pratique de ce diplôme dans la société vietnamienne. Une bonne note au baccalauréat ouvre la voie aux concours universitaires les plus exigeants, tandis qu’un échec oblige souvent à redoubler ou à se réorienter vers des filières professionnelles.
Examen d’entrée universitaire : système de sélection par blocs de matières
Au-delà du baccalauréat, l’admission dans les universités vietnamiennes repose sur un système de sélection par blocs de matières (khối xét tuyển). Chaque filière universitaire définit un ou plusieurs blocs composés de trois matières issues des épreuves du baccalauréat. Par exemple, un bloc très répandu, le bloc A00, combine mathématiques, physique et chimie pour les filières d’ingénierie ; le bloc D01 associe mathématiques, littérature et anglais pour de nombreuses filières d’économie, de gestion ou de langues étrangères. Les universités fixent un seuil de points (điểm chuẩn) pour chaque bloc, en fonction du nombre de places disponibles et de la demande des candidats.
Ce système de blocs a des conséquences concrètes sur les choix d’orientation dès le lycée. Les élèves sélectionnent leurs matières optionnelles et leurs cours de soutien en fonction des blocs visés, parfois plusieurs années à l’avance. On voit ainsi des lycéens se spécialiser très tôt sur certaines combinaisons disciplinaires, au risque de réduire leur marge de manœuvre pour changer d’orientation plus tard. Pour un étudiant étranger souhaitant intégrer une université vietnamienne, il est crucial de se renseigner sur les blocs de matières exigés et sur les équivalences possibles avec les diplômes obtenus à l’étranger. De plus en plus d’établissements proposent cependant des admissions parallèles fondées sur des tests spécifiques, des entretiens ou des certifications internationales (IELTS, SAT, etc.), ce qui diversifie légèrement le paysage.
Diplômes professionnels : certifications TVET et formation technique
En parallèle des filières académiques classiques, le Vietnam a développé un ensemble de diplômes professionnels relevant de l’enseignement et de la formation techniques et professionnels (TVET). Placé sous la responsabilité du ministère du Travail, des Invalides de guerre et des Affaires sociales (MOLISA), ce système propose des formations de courte et moyenne durée dans des domaines variés : mécanique, électronique, construction, hôtellerie, tourisme, coiffure, cuisine, etc. Les certifications vont du certificat de niveau élémentaire (après le collège) au diplôme professionnel supérieur (équivalent à un niveau post-bac), avec une forte dimension pratique et des stages en entreprise.
Pour de nombreux jeunes issus de milieux défavorisés ou ayant quitté tôt l’école générale, ces filières offrent une seconde chance d’acquérir des compétences directement employables. Certains programmes TVET sont soutenus par des partenaires internationaux (Allemagne, Japon, Corée du Sud) qui apportent leur expertise en matière d’alternance et de formation en situation de travail. Toutefois, dans l’imaginaire social vietnamien, ces diplômes restent souvent perçus comme moins prestigieux que les diplômes universitaires, ce qui peut décourager les familles de s’y orienter. À long terme, l’un des défis du système éducatif vietnamien sera de mieux valoriser ces parcours professionnels, essentiels au développement industriel et à la modernisation du pays.
Acteurs institutionnels : rôle du MOET et gouvernance territoriale
Le ministère de l’Éducation et de la Formation (MOET) est l’acteur central de la gouvernance scolaire au Vietnam. Il définit les grandes orientations de la politique éducative, élabore les curricula nationaux, fixe les normes de qualité, supervise les examens nationaux et accrédite les établissements d’enseignement supérieur. On peut le comparer à un chef d’orchestre qui donne la partition et le tempo, tandis que les services éducatifs provinciaux et de district s’assurent que la musique est bien jouée localement. Le MOET travaille en coordination avec d’autres ministères (Finances, Travail, Planification) et sous la supervision politique du Parti communiste vietnamien, qui fait de l’éducation un pilier de la construction nationale.
À l’échelon inférieur, les départements provinciaux de l’éducation et de la formation (Sở Giáo dục và Đào tạo) et les bureaux de district (Phòng Giáo dục) jouent un rôle clé dans la mise en œuvre concrète des politiques. Ils sont responsables du recrutement et de l’affectation des enseignants, de la gestion des infrastructures scolaires, du contrôle de la fréquentation scolaire et du suivi des résultats académiques. Les comités populaires locaux (communes, districts, provinces) interviennent également pour financer et soutenir certains projets éducatifs, notamment la construction d’écoles dans les zones rurales reculées ou l’octroi de bourses aux élèves défavorisés.
Ce système de gouvernance multi-niveaux permet une certaine adaptation aux réalités locales, mais il peut aussi générer des disparités et des lenteurs administratives. Par exemple, l’exigence faite aux provinces de consacrer 20% de leur budget à l’éducation a permis de maintenir un niveau d’investissement élevé dans tout le pays, mais la qualité des dépenses varie selon les capacités de gestion et de planification des autorités locales. Pour les ONG, les écoles communautaires ou les projets de partenariat éducatif, il est indispensable de naviguer avec finesse dans ce paysage institutionnel, en collaborant à la fois avec le MOET et avec les autorités territoriales compétentes.
Défis contemporains : surpopulation scolaire et préparation intensive aux examens
Derrière les performances remarquables du système éducatif vietnamien se cachent plusieurs défis majeurs, au premier rang desquels la surpopulation scolaire dans les grandes villes. L’exode rural massif, attiré par les opportunités économiques de Hanoï, Hô Chi Minh-Ville et des métropoles côtières, a entraîné une explosion des effectifs dans les écoles urbaines. Certaines classes de primaire ou de collège peuvent compter plus de 50 élèves, ce qui limite mécaniquement les possibilités de pédagogie différenciée et d’accompagnement individuel. Pour faire face, de nombreuses écoles fonctionnent en double, voire triple vacation, avec des journées divisées entre plusieurs groupes d’élèves.
Cette pression démographique se conjugue avec une autre caractéristique du système vietnamien : l’importance extrême accordée aux examens. La préparation intensive à ces épreuves, du brevet local au concours universitaire, façonne les rythmes de vie et les priorités éducatives. Les extra class, ou cours particuliers payants en fin de journée, sont devenus une norme pour une majorité d’élèves urbains, parfois dès le primaire. Comme l’ont relevé plusieurs études, certains enseignants réservent les contenus les plus importants à ces sessions payantes, créant de fait une discrimination entre les familles capables de payer et les autres. Le gouvernement a annoncé sa volonté d’encadrer voire d’interdire ces pratiques à l’horizon 2025, mais beaucoup s’interrogent : sans amélioration substantielle des salaires enseignants, ce système ne risque-t-il pas de se reconstituer ailleurs, dans des centres privés ou en ligne ?
À ces enjeux s’ajoutent des difficultés plus discrètes mais tout aussi structurantes : obstacles administratifs pour les familles sans ho khau (livret de résidence), coûts indirects de la scolarité qui pèsent sur les ménages pauvres, manque de ressources dans certaines écoles rurales ou accueillant des minorités ethniques. Malgré un cadre légal qui proclame la gratuité et l’universalité de l’enseignement obligatoire, des dizaines de milliers d’enfants restent encore aux marges du système, dépendant d’écoles caritatives ou de structures alternatives pour apprendre à lire, écrire et compter. Pour un observateur extérieur, le Vietnam offre ainsi l’image paradoxale d’un pays à la fois champion des classements internationaux et encore confronté à des poches d’exclusion éducative.
Écoles internationales et bilingues : cambridge, IB et systèmes alternatifs à hanoï et ho chi Minh-Ville
Avec l’ouverture économique et l’essor d’une classe moyenne urbaine, le paysage éducatif vietnamien s’est considérablement diversifié, en particulier à Hanoï et Hô Chi Minh-Ville. Aux côtés des écoles publiques classiques, on trouve désormais un large éventail d’écoles privées bilingues, d’établissements suivant les programmes Cambridge, IB (International Baccalaureate) ou américains, ainsi que des écoles francophones homologuées par l’AEFE. Ces établissements visent un public mixte : enfants d’expatriés, Vietnamiens aisés, mais aussi, de plus en plus, des familles de la diaspora revenue s’installer au pays. Pour beaucoup de parents, ces écoles internationales représentent une alternative au système national, perçu comme trop axé sur la mémorisation et la pression des examens.
Les écoles bilingues et internationales proposent généralement de petites classes, des pédagogies actives, un enseignement renforcé des langues étrangères et un large éventail d’activités extrascolaires (sport, arts, clubs, service communautaire). Elles peuvent combiner le programme vietnamien obligatoire – nécessaire pour obtenir les diplômes nationaux – avec un curriculum étranger menant à des certifications reconnues (IGCSE, A-Levels, IB Diploma, baccalauréat français, etc.). Cette double approche offre aux élèves la possibilité de poursuivre leurs études aussi bien au Vietnam qu’à l’étranger. En contrepartie, les frais de scolarité sont sans commune mesure avec ceux du public : ils peuvent atteindre plusieurs milliers, voire dizaines de milliers de dollars par an dans les écoles les plus prestigieuses.
Pour les parents expatriés qui s’installent au Vietnam, le choix entre une école internationale, une école bilingue vietnamienne ou une intégration dans le système public local dépendra de plusieurs facteurs : budget, durée du séjour, niveau de langue de l’enfant, projet de poursuite d’études. Poser les bonnes questions (quelle est la reconnaissance du diplôme ? quelle part du temps en vietnamien et en langue étrangère ? quelles sont les pratiques d’évaluation ?) permet de prendre une décision éclairée. On pourrait comparer ce choix à l’orientation dans un réseau de transports : le système public offre une « ligne principale » solide et éprouvée, mais les écoles internationales et bilingues proposent des « lignes express » ou « interconnexions » vers d’autres systèmes éducatifs, au prix d’un ticket d’entrée plus élevé. Dans tous les cas, le dynamisme et la diversité de l’offre éducative vietnamienne en font aujourd’hui une destination de plus en plus attractive pour les familles mobiles et les étudiants internationaux.